Un lycée qui refuse…

Publié le par collectif LVDC


Le lycée de la Vallée du Cailly, Déville lès Rouen, a bientôt 20 ans. Il est né de la volonté politique d’une population ouvrière et de ses élus de promouvoir l’éducation dans un secteur géographique marqué par des industries traditionnelles souvent en déclin. Le recrutement de ses élèves est socialement mélangé, mais à dominante populaire (± 40% CSP défavorisées). Le lycée jouxte aussi bien les cités de périphérie que de petits bourgs ruraux. Bref c’est un lycée qui s’adresse aux composantes actuelles de la population française dans sa diversité et qui emmène jusqu’au bac et au BTS dans des filières généralistes et technologiques environ 300 jeunes tous les ans.

Les résultats de cet établissement se sont toujours maintenus honorablement dans les moyennes nationales avec des réussites nettes dans les séries scientifiques ou les BTS trilingues. De nombreuses initiatives pédagogiques et culturelles y ont fleuri, témoignant ainsi de sa vitalité.

Un petit lycée de périphérie donc, qui n’aurait jamais eu l’idée de faire parler de lui tant son fonctionnement se glissait dans une heureuse moyenne nationale  - lycée moyen d’aujourd’hui pour classes moyennes et populaires, « toutes classes » ou « hors-classe », lycée mi-ville mi-campagne, lycée général et technologique, lycée représentatif d’une époque, de la volonté politique du pays d’élever le niveau des formations et des connaissances de ses jeunes-

Or cet équilibre se trouve aujourd’hui gravement menacé : une dérive résultant de l’addition de forces sociales, politiques et administratives clairement repérables, met en péril cette « heureuse moyenne » issue de la mixité sociale.

Depuis 3 ou 4 ans, toutes les options attractives ont été refusées ou fermées au lycée du Cailly (musique, math, physique, informatique, math en littéraire…), des BTS frappés de fermeture et non remplacés. Ces refus ou fermetures de classes et d’options, ajoutés à la dérégulation de la carte scolaire ont drainé vers les établissements publics ou privés plus prestigieux et mieux dotés du centre ville des flux d’élèves motivés qui ont choisi des options qu’ils ne trouvaient plus dans leur lycée de secteur. Le résultat, accentué par la baisse démographique générale, est affligeant : le lycée se vide de ses élèves (il est passé de 1350 à ± 900 en quelques années !) et se trouve aujourd’hui à un point de rupture qui pourrait le faire basculer dans ce type d’établissement classé difficile en zone d’éducation prioritaire ou assimilée : ces lycées qui sporadiquement font la une des médias pour des actes de violence, pour leurs résultats catastrophiques…

Un lycée vidé de ses options culturelles, de ses classes post-bac, de ses bons élèves est un lycée en grand danger hémorragique, abandonné à la rélégation et à terme à la stigmatisation sociale !

L’administration s’en tient à une logique purement comptable et centralisatrice des moyens. Elle fait la sourde oreille aux demandes insistantes des enseignants très mobilisés.

Qu’importe que la violence s’installe et se banalise !

Qu’importe que les plus méritants fassent 2 à 3 heures de transport par jour pour rejoindre l’établissement de leur choix aux dépens de leur lycée de proximité qui n’a plus rien à leur offrir !

Qu’importe que les professeurs, les parents se désespèrent du cynisme de la machine à broyer bureaucratique !

Qu’importe que les promesses d’une égalité des chances à l’école soient bafouées !

Ce qu’on a plutôt l’air d’ « importer » aujourd’hui, c’est un modèle éducatif qui renonce au contrat républicain ; une école à deux vitesses se met en place : des lycées publics ou privés bien dotés dans les centres villes et des lycées pauvres pour pauvres destinés au contrôle social dans les périphéries. C’est à cela que l’assentiment de tous est aujourd’hui exigé, au nom de la gestion comptable des flux !

Cette logique destructrice qui a déjà montré sa faillite ailleurs, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Italie… doit être refusée. Elle ne répond qu’à une vision du court terme et est destructrice du lien social. La formation, l’éducation et la culture sont nécessairement les richesses de demain mais aussi des moyens de formation dont la jeunesse doit pouvoir disposer.

La lutte du lycée de la Vallée du Cailly est totalement représentative et symbolique de ces enjeux actuels. Elle se situe exactement à ce point de rupture où un établissement, une zone d’habitation… par ineptie des choix politiques, peut basculer dans une spirale de relégation sociale.

C’est exactement ce mouvement de bascule que les intéressés veulent arrêter en alertant l’opinion publique par leur action. Le lycée pour se maintenir dans sa diversité sociale demande quelques options culturelles, une classe post-bac BTS, une classe européenne afin de remplir sa mission d’établissement scolaire et de fixer sa population et dénonce les 8 postes d’enseignants supprimés dès la rentrée prochaine.

Rien ne sert de pleurer sur ces écoles défigurées par la violence sociale… ! C’est en amont qu’il faut agir, quand les choix s’opèrent, pour faire barrage aux logiques de mise en concurrence inégalitaire des établissements scolaires entre eux. C’est maintenant qu’il faut clamer le refus d’une école à deux vitesses, d’une société à deux vitesses, d’un territoire morcelé !

Tous les hommes et les femmes de Raison savent qu’il faut œuvrer à la cohésion sociale et culturelle d’un pays et non laisser agir ses forces de déliaison !

Soutenez la mobilisation et les revendications du lycée de la Vallée du Cailly qui sont celles de notre système éducatif !

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Publié dans Notre LYCEE

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D
Comme convenu,le conseil municipal de Déville a entendu jeudi 26 mars un enseignant, expliqué à tous les élus ,la situation du lycée . Une motion de soutien a ensuite été voté ,à l'unanimité par le conseil municipal
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